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La légende corse de l’œil de Sainte Lucie
Souvenir de vacances incontournable, l’œil de Sainte-Lucie orne souvent des bijoux d’or, d’argent ou de corail. On lui prête des vertus protectrices et des pouvoirs magiques. Mais connaissez-vous les origines de sa légende ? Remontons le temps de l’imaginaire jusqu’à la naissance de ce mythe emblématique né sur l’île de Beauté où le mystique et le profane se mêlent.
Le folklore magique
L’imaginaire corse, pétri d’antiques magies chaldéennes, ne s’est jamais défait de ses superstitions. On y guette les signes, on y craint l’envie et le mauvais œil. Selon les régions, on le désigne par plusieurs noms, ochju, ghiustrata ou encore innucchiatura. L’occupation génoise et la christianisation n’ont jamais réussi à faire disparaître la divination et les exorcismes, qui donnaient lieu à des cérémonies complexes dont certaines sont encore pratiquées de nos jours. Les signadora et les mazzeri, les chasseurs d’âmes, cohabitent avec le culte de la Vierge et les fées font bon ménage avec les saints. Les talismans, amulettes, scapulaires, coraux ou pierres magiques, trouvent naturellement leur place dans cet imaginaire.
Un cadeau de la mer
L’œil de Sainte-Lucie provient en réalité d’un mollusque, l’astrée rugueuse ou Bolma Rugosa. Ce gastéropode, présent dans le bassin méditérranéen, produit un opercule calcaire que l’on retrouve sur la grève, après les tempêtes.
On le récolte à la faveur d’une promenade sur la plage, où sa teinte orangée se détache dans le sable clair. Sur sa face concave, le coquillage évoque une oreille, symbole de la Vierge. Sur sa face plane, aux tons allant de l’orange au rouge en passant par le rose, un motif spiralé s’enroule sur lui-même, évoquant le fameux œil.
Dans toute la Méditerranée, on prête au coquillage le pouvoir de soigner les affections des yeux. À Marseille, les pêcheurs le portent en guise de protection. En Corse, il est généralement monté en bijou et devient parure, tout en attirant la fortune. Vous le retrouverez travaillé dans les bijouteries de l’île, ainsi que sur les marchés, où les opercules vendus proviennent souvent de l’Asie du Sud-Est.
Une sainte majeure en Corse
Sainte-Lucie, quant à elle, occupe une place de choix dans le Panthéon corse. L’influence génoise a contribué à l’adoption de la patronne de Syracuse mais elle incarne également une figure proche des divinités païennes. Celle dont le nom évoque la lumière et dont la fête, le 13 décembre, annonçait, dans l’ancien calendrier julien, le solstice d’hiver, s’inscrit naturellement dans la tradition agro-pastorale. Patronne de plusieurs villages, elle demeure très présente dans le cœur des Corses.
La légende de Sainte-Lucie
Son histoire, selon la version de l’Eglise, se déroule en Sicile vers l’An 300, sous le règne de Dioclétien. Jeune fille noble et pieuse, Lucie vit avec sa mère atteinte d’un mal incurable. Priant sans relâche Marie dans l’espoir d’une guérison, elle se rend avec la malade sur la tombe de Sainte-Agathe. Peu après, celle-ci lui apparaît en rêve, annonçant le miracle, qui, en effet, advient le lendemain.
La jeune fille fait alors un double vœu de chasteté et de pauvreté. Pour ne pas céder à la tentation, elle s’arrache les yeux et de jette à la mer, perdant la vue et sa beauté du même coup. La vierge, sensible à ce sacrifice, lui rend non seulement la vue, mais récompense sa dévotion en la dotant d’yeux « plus beaux et plus lumineux encore ».
Mais le fiancé de Lucie, furieux d’avoir été éconduit, la dénonce comme chrétienne. Torturée, elle résiste au feu et finit par périr, la gorge percée par une épée, ainsi que la représente généralement l’iconographie classique.
En Corse, l’histoire connaît différentes variantes, dans lesquelles Lucie ne se contente pas de sacrifier ses yeux mais les apporte sur un plateau à son fiancé ou son mari selon les versions. La statuaire religieuse corse entérine cette version et de nombreuses églises ou chapelles abritent des statues peintes de la sainte tenant un plateau. La Vierge, en lui rendant la vue, récompense la force de son amour tout autant que sa foi.
C’est ainsi que l’œil, cadeau rare apporté par la mer, a rejoint les aspirations à la protection d’un peuple pétri de croyances magiques et de mystique chrétienne. Vous regarderez maintenant votre bijou d’un œil neuf !




