Noël en Corse
Et si vous fêtiez Noël en Corse ? L’idée semble insolite à ceux pour qui la Corse rime avec chaleur et baignades, mais la période de la Nativité se prête idéalement à la découverte des traditions les plus intimes de l’île de Beauté. N’oublions pas que c’est la voix d’un Ajaccien, Tino Rossi, qui a fait du “Petit papa Noël’ un succès mondial… C’est le moment de déserter les plages pour se replier dans les villes et les villages authentiques de l’arrière-pays, pour célébrer l’art de vivre insulaire. Préparez-vous à vivre des moments intenses au cœur de l’hiver corse !
Noël en ville
Posez vos valises à Ajaccio, Bastia, Calvi ou encore Corte, pour profiter des animations de la semaine Sainte. En journée, profitez-en pour déambuler dans les rues désertées par les touristes, et profiter du soleil d’hiver aux terrasses des cafés. Sur la place Saint Nicolas à Bastia, la place du Diamant à Ajaccio ou la place Paoli à Corte, l’air bruisse de l’effervescence des préparatifs et des marchés de Noël. De nombreux chalets en bois proposent spécialités locales et produits artisanaux, accompagnés du traditionnel vin chaud épicé. C’est le moment idéal pour goûter le figatellu et le brocciu, qui se fabriquent en hiver, ainsi que pour déguster les huîtres de Diana et les oursins fraîchement pêchés. Côté cadeaux, vous aurez l’embarras du choix, tant les artisans corses rivalisent de créativité. C’est l’occasion de craquer pour une poterie, un panier, un couteau ou encore des bijoux uniques faits à la main. Dès la tombée de la nuit, les villes s’illuminent et les monuments comme le palais Fesch à Ajaccio ou la citadelle de Calvi se parent de leurs atours de lumière. Des feux d’artifice et des spectacles de rue électrisent l’atmosphère et les enfants profitent des manèges ou la Grande Roue, sans oublier la traditionnelle photo avec le père Noël.
Parmi les traditions chéries par les Corses, la crèche figure en bonne place. A Sartène, les crèches, soigneusement mises en scène par les habitants, ornent les vitrines des boutiques, les balcons des maisons et même les rues. On y retrouve les santons traditionnels, parmi lesquels le berger ou le joueur de cialamella, la cornemuse corse. Le 24 décembre, de nombreuses crèches vivantes accompagnent partout en Corse la messe de Noël. Simples et émouvantes, elles mettent en scène une succession de tableaux recréant des scènes de la vie locale, où les enfants sont rois.
Place ensuite à la messe de Minuit, le moment le plus intense du Noël corse. Dans le décor baroque des églises, sous la lueur vacillante des cierges, les chants religieux polyphoniques s’élèvent alors dans leur expression la plus pure et la plus saisissante.
Noël au coeur des foyers corse
Dans les villages, Noël se vit encore avec ferveur et dans le respect des traditions, mélange subtil de croyances païennes et de rites chrétiens. Le feu célèbre ainsi à la fois la Nativité et le solstice d’hiver, faisant de Noël la fête de la lumière. Le 24 décembre, les habitants se rassemblent sur la place du village pour la veillée, ou veghja. On allume un bûcher, le rocchiu, devant chaque église à la sortie de la messe de minuit. A l’origine, chacun ramassait du bois pour nourrir la colonne, marquant ainsi son appartenance à la communauté. Dans certaines régions de Haute-Corse, on pratiquait même la tradition des 7 veillées, qui consistait à apporter une bûche et des victuailles à une famille différente pendant 7 jours. Aujourd’hui, les enfants surveillent encore le bûcher la veille de Noël et récupèrent des cendres chaudes qu’ils rapportent dans leur foyer le lendemain, pour symboliser le renouveau de la lumière.
Si vous avez la chance d‘être invité dans une famille corse, vous saisirez toute la beauté et l’intensité de la culture insulaire. Au cœur de la maison, le feu de bois ou cunfocu, symbolise le partage et sublime les produits du terroir. Au menu du Réveillon, on retrouve généralement un délicieux assortiment de charcuteries et de fromages affinés, puis un plat de viande : les figatelli, l’agneau et le cabri grillé, ou encore les merles enveloppés de lard et cuits à la flamme. En dessert, on flambe le brocciu, qui accompagne les clémentines et les fruits secs. Les Corses ont adapté la bûche de Noël en la parfumant au cédrat, aux canistrelli ou à la noisette de Cervione.
Dans les maisons résonnent des chants d’inspiration polyphonique, mais également une prière rituelle qui remonte à l’Egypte ancienne, l’”Ochju”, destinée à éloigner le mauvais sort. Le dépositaire de la tradition, le signadore ou la signadora, trempe l’auriculaire dans l’huile avant de réciter l’oraison sacrée. La transmission de cette prière, qui ne peut se faire que la nuit de Noël, cimente l’unité familiale chère à la culture corse.
